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Ontario: ce que la tragédie de Tumbler Ridge nous enseigne

27 février, 2026
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Le 10 février 2026, le temps semble avoir suspendu son envol dans la petite communauté de Tumbler Ridge dans la province de la Colombie- Britannique à la suite d’une fusillade dramatique dans une école. Après avoir arraché la vie de sa mère et de son demi-frère, Jesse Van Rootselaar, âgée de 18 ans, s’est rendue au Tumbler Ridge Secondary School et a ouvert mortellement le feu sur 8 élèves, blessant environ 27 personnes. Elle s’est donnée la mort par la suite.

La violence de cet acte a immédiatement ravivé dans les mémoires le souvenir douloureux des tragédies connues dans le passé au Canada dans certaines écoles à l’instar de l’école Ross Sheppard High School d’Edmonton (1959); à l’école Centennial Secondary School à Brampton (1975); à l’École polytechnique de Montréal (1989); au Collège de Dawson (2006) ; à l’École secondaire de la Loche à Saskatchewan (2016), pour ne citer que celles-là.

Entre incompréhensions suscitées par cet acte odieux et interrogations sur la santé mentale, la tragédie de Tumbler Ridge a suscité une véritable chaîne de solidarité nationale à l’égard des victimes et des blessés. Sur les réseaux sociaux, cette solidarité s’est exprimée à travers les messages en cœur de la communauté éducative condamnant à la fois cet acte et congédiant le sort en ces termes: Plus jamais ça dans nos écoles! Les clivages politiques se sont estompés le temps de cette tragédie. Le premier ministre Mark Carney s’est rendu sur les lieux du drame en compagnie de tous les leaders des partis politiques représentés au Parlement. Tous ont reconnu que cette tragédie constituait un motif de  “deuil national”. La mise en berne des drapeaux a permis de marquer la gravité du moment.

Loin de toute émotion, la tuerie de Tumbler Ridge vient rappeler une chose essentielle: aucune province ou territoire n’est entièrement à l’abri de la violence meurtrière dans les écoles. Mais de manière fondamentale, cet événement ravive une inquiétude fondamentale en Ontario : nos enfants sont-ils en sécurité à l’école ? En d’autres termes, l’école est-elle encore un havre de sécurité et en pleine sécurité à l’épreuve de la montée de la violence scolaire? C’est ici que le drame de Tumbler Ridge interpelle et nous enseigne.

En dépit des cadres législatifs et des stratégies existant depuis plusieurs années en Ontario – notamment la Loi sur la sécurité dans les écoles, le drame de Tumbler Ridge rappelle la nécessité de juguler avec plus de fermeté le phénomène de la violence croissante dans nos écoles. Le nombre total d’incidents violents signalés par les conseils scolaires à la province a augmenté depuis plusieurs années atteignant le chiffre record de plus de 4400 cas rapportés en 2025. Un niveau de montée de violence croissant confirmé par les syndicats comme l’AEFO à la suite de la publication du rapport sur la violence dans les écoles ontariennes par des chercheurs de l’Université d’Ottawa. Il s’agit aussi bien des violences physiques, verbales, psychologiques et des cas de harcèlement. Mais, il convient de le marteler avec force: l’école, temple d’acquisition des savoirs, de formation aux valeurs civiques et de socialisation multiculturelle, ne doit jamais être le lieu d’expression de la violence d’où qu’elle vienne. Ni de la part des élèves!  Ni de la part du personnel enseignant! Encore moins des personnes atteintes de troubles comportementaux qui doivent bénéficier d’un suivi minutieux.  

En outre, la tragédie de Tumbler Ridge rappelle l’importance de renforcer la sécurité en milieu scolaire en Ontario. La nouvelle Loi de 2025 sur le soutien aux enfants, aux élèves et aux étudiants institue une collaboration entre les conseils scolaires et les services policiers locaux. Mais, est-ce suffisant pour répondre à l’impératif de sécurité? Certains pourraient le penser. Cependant, investir dans la sécurité ne signifie pas seulement renforcer les infrastructures, les axes de collaboration ou les contrôles d’accès dans les écoles. Il faut aussi penser à renforcer le financement des professionnels en santé mentale, soutenir la formation continue du personnel afin de favoriser des environnements scolaires inclusifs où les élèves se sentent en sécurité. 

Pour y arriver, chaque acteur de la chaîne doit jouer sa partition. Aux parents, il incombe la responsabilité de reconnaître les signes de détresse psychologique, maintenir un dialogue ouvert avec leurs enfants et collaborer étroitement avec les établissements scolaires pour un suivi assidu de leurs progénitures. Les enseignants doivent redoubler de vigilance et rapporter tous les signaux ou comportements violents de leurs élèves. Aux pouvoirs publics, il appartient d’élaborer des politiques publiques de sécurité et de lutte contre la violence axées sur la prévention afin de restaurer un climat de sérénité à l’école et autour de l’école. C’est au prix de cette synergie d’actions vitales que repose l’espoir, mais surtout la confiance dans un milieu scolaire ontarien préservé dans le futur de toute tragédie humaine.