Tous les 4 ans, les élections scolaires ravivent l’effervescence de la démocratie de proximité dans les communautés locales en général, et francophones en particulier. À première vue, ces élections pourraient sembler être un simple exercice électoral parmi d’autres: quelques candidats, quelques affiches, quelques promesses électorales, une participation généralement modeste et un résultat qui échappe, parfois, à l’attention des médias.
Traditionnellement couplées aux élections municipales, les élections scolaires offrent pourtant aux électeurs l’unique occasion d’opérer un choix en faveur de celles et ceux qui s’engagent dans la gouvernance des conseils scolaires: il s’agit des conseiller(ères) scolaires. Leur rôle stratégique n’est plus à démontrer en tant que représentant démocratiquement élu et acteur majeur de notre système d’éducation.
À l’approche des élections scolaires d’octobre 2026, il est évident que les enjeux ne sont pas les mêmes dans les systèmes éducatifs anglophones et francophones. Pour ces derniers, une question fondamentale mérite d’être posée : quel type de gouvernance voulons-nous pour nos conseils scolaires francophones pour les 4 prochaines années?
Au-delà de quelques cas d’élections par acclamation ici et là, il convient de noter que le rôle de conseiller scolaire suscite encore de l’engouement. Dans les conseils scolaires catholiques de langue française par exemple, plus de 100 candidatures ont été enregistrées pour les 82 sièges à pourvoir. Des élections sont prévues dans plusieurs circonscriptions. La tendance est la même dans les conseils scolaires publics où 67 candidatures ont été déposées pour pourvoir à 48 sièges. 33 candidatures proviennent de nouvelles personnes souhaitant s’engager en politique scolaire.
Quelle interprétation peut-on faire de ces chiffres en réalité? D’une part, ces chiffres remettent en cause l’argument de ceux qui ont pu penser que le rôle des conseiller(ères) n’était plus nécessaire. D’autre part, ils confirment l’idée selon laquelle la gouvernance des conseils scolaires “par et pour les francophones” demeure un enjeu vital. Il appartient aux électeurs de concrétiser cette idée par un vote massif le 26 octobre prochain en se rappelant que l’autonomie de gestion des conseils scolaires de langue française acquise sur le fondement de l’article 23 de la Constitution repose sur un mécanisme démocratique vivant, dont les élections scolaires constituent la modalité la plus expressive.
Par ailleurs, derrière le visage apparent des élections scolaires de 2026, se cache un autre enjeu déterminant qui invite la grande communauté franco-ontarienne à répondre à une question vitale : voulons-nous encore gouverner nous-mêmes nos propres institutions scolaires ou sommes-nous prêts à transiger sur les droits acquis, en tant que communauté minoritaire, au prix des luttes innommables? C’est ici que les élections scolaires à venir rejoignent les grands enjeux de la communauté franco-ontariene systématisé dans le « Livre Blanc » de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) issu des États généraux de l’Ontario français.
Au cœur de cette œuvre de co-construction de la (re)dynamisation de la francophonie ontarienne, une idée force émerge: une communauté ne peut assurer sa vitalité que si elle possède la capacité de définir elle-même ses priorités et de les assumer, de coordonner ses actions et rendre des comptes à ses membres. En un mot, de bâtir le présent qu’elle souhaite et espère pour aujourd’hui et demain.
Dans ce sens, la gouvernance des conseils scolaires de langue française est précisément l’une des principales expressions de cette capacité d’autodétermination. Autrement dit, l’éducation de langue française en général, et catholique en particulier, constitue l’un des piliers les plus importants de la complétude institutionnelle franco-ontarienne en tant que levier essentiel de la transmission linguistique, culturelle et identitaire.
Voilà pourquoi les élections scolaires de 2026 méritent toute notre attention et notre engagement au-delà des promesses de campagne, car en définitive, ce n’est plus seulement l’avenir de la gouvernance de nos conseils scolaires de langue française qui est en jeu, mais celui de l’identité de la société francophone de l’Ontario dans son ensemble.

